Entretien 1

Intervention de Martine DEBELS pour l’Union départementale CGT du Nord à la journée d’étude organisée par le CERAPS le 23 janvier 2013 : « La « démocratie sociale » à l’épreuve des répressions syndicales »

Quoi de plus naturel et logique que de soutenir et d’être solidaires de militants syndicaux et de salariés qui ont engagé une lutte, dans leur entreprise, pour gagner des avancées sociales…
Par contre… quoi de plus incompréhensible et inadmissible que de devoir mettre en œuvre tout un processus revendicatif pour soutenir et défendre des délégués, des militants syndicaux qui sont la cible de répressions anti syndicales parce que les seuls intérêts qu’ils défendent sont ceux des salariés.

Dans le premier cas, c’est une reconnaissance et un renforcement de l’activité et de la présence syndicale… Dans l’autre cas, c’est une tentative de destruction du tissu militant.
Les types de sanctions infligées aux syndicalistes vont notamment de la procédure de licenciement à la mise à pied avec perte de salaire, en passant par l’assignation en justice ou encore des pressions, menaces ou discriminations multiples et non respect des droits syndicaux…
Les mises à pied arrivent en tête dans les sanctions infligées (44 %) suivies par les procédures de licenciements (32 %), les assignations au tribunal (16 %) et enfin le non-respect des droits syndicaux. Ce constat porte sur une trentaine de dossiers qui ont nécessité une intervention. Ne sont pas comptabilisés les cas de discriminations, de pressions ou de menaces diverses qui sont très peu portés à notre connaissance. Sans doute nos militants estiment-ils encore trop souvent que les discriminations et autres pratiques patronales sont « liées » au mandat syndical…
La répression anti syndicale mise en œuvre par les employeurs rentre bien dans une stratégie globale de gestion de l’entreprise et du personnel qui tend à affaiblir l’activité et l’action syndicale et, par conséquent, la résistance des salariés. Au regard des cas recensés par l’Union départementale au cours des deux dernières années, aucun secteur d’activité professionnelle ne ressort plus particulièrement en ce qui concerne la fréquence des attaques à l’encontre de syndicalistes.
Outre les cas de répression dont la fréquence nous permet de les traiter au coup par coup, nous pouvons également être confrontés, à des moments donnés, à une accélération soudaine et relativement importante.
C’est ce que nous avons vécu dans le département tout particulièrement en 2011 juste après le mouvement social de grande ampleur mené contre la réforme des retraites… Le même phénomène a d’ailleurs été constaté au niveau national…
Face à cette situation préoccupante, l’Union départementale CGT du Nord a décidé, en début d’année 2011, d’engager une campagne contre la répression anti syndicale et les méthodes revanchardes du patronat. Pendant plusieurs mois, les initiatives se sont multipliées.
Si la période estivale a calmé un peu le jeu, dès la rentrée 2011, les problèmes de répression ont refait surface. Début 2012, la CGT a donc décidé de réactiver la campagne démarrée en 2011.
Au cours des deux dernières années, nous avons cumulé une trentaine de cas sérieux de répression anti syndicale tels que des procédures de licenciements (parfois multiples pour un même militant), des mises à pied avec retenue de salaire ou encore des assignations en justice…

Les initiatives et actions qui ont été organisées ont demandé un investissement des structures CGT à tous les niveaux : les syndicats concernés, les Unions locales et l’Union départementale. Ces deux campagnes contre la répression anti syndicale ont demandé du temps, de l’énergie et aussi des moyens financiers.

Voici quelques exemples d’initiatives mises en œuvre en 2011 et 2012 pour organiser la riposte face aux méthodes et à l’arsenal répressif employés par le patronat :

  • Deux motions collectives ont été lancées (l’une en 2011, l’autre en 2012) rappelant les syndicats ciblés par la répression et exigeant des employeurs l’arrêt des procédures en cours. Les motions signées par les syndicats du département ont été envoyées aux directions des entreprises concernées, au Medef, à la Direction départementale du travail, à la Préfecture… Le nombre de signatures recueillies et les signataires de ces motions ont été portés à la connaissance de toutes les structures CGT du département.
  • En février 2011, un rassemblement interprofessionnel départemental a été organisé devant le Medef à Lille. Une délégation a été reçue.
  • De multiples rassemblements ont été organisés aux portes des entreprises avec conférences de presse, diffusions de tracts à la population, appels à des arrêts de travail pour les salariés. D’autres initiatives telles que des courriers de protestation aux employeurs, des demandes d’entretien ou encore l’interpellation des inspecteurs du travail ont accompagné ces rassemblements.
  • Toutes ces actions devant les entreprises ont fait l’objet d’un appel départemental à la solidarité interprofessionnelle.
  • En 2011 et 2012, l’Union départementale a été reçue à la Direction départementale du Travail. La Préfecture, quant à elle, n’a pas donné suite à notre demande d’audience.
  • En avril 2012, une conférence de presse a été organisée à l’initiative de l’Union départementale en présence des militants victimes de répression.
  • En juin 2012, une motion proposée par l’Union départementale a été votée à l’unanimité des syndicats présents au Comité général.
  • A l’appui de cette motion, tous les députés du Nord ont été interpellés par courrier. Le Medef, la Direction départementale du travail, la Préfecture ainsi que la Presse ont également été destinataires de cette motion…

Toutes ces initiatives ont eu leur importance… Elles ont permis tout particulièrement :

  • D’interpeller et de réagir vivement au nom de la CGT auprès notamment des instances patronales, de la direction du travail, des parlementaires…
  • De mettre en œuvre une solidarité interprofessionnelle à l’occasion des rassemblements ou encore de la signature des motions.
  • De faire prendre en compte cette solidarité par les salariés qui apprécient la démarche CGT et prennent confiance dans l’action collective.
  • De démontrer aux employeurs que les militants CGT ne sont pas isolés et qu’ils bénéficient du soutien de leur organisation syndicale…

Face à la répression anti syndicale, l’action collective fait partie des moyens privilégiés pour répondre aux attaques du patronat. Pour autant, nos interventions ont leurs limites face à un patronat intransigeant, arrogant et revanchard qui s’appuie sur la répression pour tenter de faire taire toute résistance dans l’entreprise.
Combattre la répression anti syndicale demande de la réactivité, l’implication de toutes les structures CGT, la solidarité et la mobilisation interprofessionnelle car « Lorsqu’un patron s’attaque à un camarade… c’est à toute la CGT qu’il s’attaque… ! »

Nous nous attachons, à chaque fois que c’est le cas, à le démontrer tant à nos militants qu’aux salariés… et bien évidemment, en premier lieu, aux employeurs.