Entretien 2

Entretien avec un délégué syndical Sud-Commerce et Services

Pour commencer est-ce que tu pourrais me dire quelle est ton expérience syndicale, notamment dans le domaine du commerce ?

Oui j’ai une petite expérience. Ça fait une année que j’ai débuté à SUD commerce, et j’ai eu le temps de voir que je n’y arrive pas !
J’ai 54 ans. Avant d’être à SUD commerce j’ai travaillé 12 ans dans une entreprise de construction de logements sociaux, donc là j’ai participé à la création de SUD XXX, puis SUD logement social. J’ai été délégué central pendant quelques années, après j’ai démissionné parce que j’avais ma dose et puis en fait ils créaient un poste à SUD commerce pour développer le secteur du commerce sur Rhône Alpes, donc ils m’ont proposé pour 2 ans d’être permanent.

Cette idée du poste est venue d’où ?

Ben c’est venu du fait qu’ils avaient depuis quelques temps pas mal de visites. Ils avaient eu une équipe de 8 salariés d’une entreprise qui étaient venus, de 5-6 salariés de « DP » une boite de la restauration rapide qui voulaient démarrer quelque chose… et nos amis retraités de SUD Rail n’avaient pas le temps de gérer ça, ils se sont aperçus qu’il fallait du temps plein pour les appuyer, pour aider tout ça, pour lancer l’affaire.

Donc ton activité consiste en quoi ?

Eh bien ça consiste en appui aux équipes syndicales pour essayer de les implanter, de représenter le syndicat. On peut prendre ces deux exemples très concrets celui de DP et celui de « H » un gros glacier.

A – « DP » (restauration rapide), y a 2 ans, on a donc une équipe de 5-6 salariés qui viennent nous voir : sur les scooters ça va pas, on a des accidents, scooters en mauvais état, pas les gants adaptés, on ne respecte pas les conditions d’hygiène, pas le temps de se changer, etc.
Dans un premier temps on mène une action collective avec droit de retrait et un rassemblement devant le magasin. Le lendemain, négociation avec le patron qui a cédé.
À la création de la SSE on s’est aperçu que le patron avait 7 magasins, mais répartis en 4 sociétés pour ne pas dépasser les 50 salariés => on a nommé RSS et cherché à faire reconnaître l’UES pour démarrer des élections.
Patrons qui ont joué la montre, ont refusé de mettre en place les élections
Au tribunal il y a eu 2 reports de procès.
Un an et quelques mois après, on a gagné : la direction n’a pas mis en place tout de suite les élections, recommandées, relance auprès de l’IT, in fine élection en septembre

Et ce qui s’est passé c’est qu’entre le moment où l’équipe est venue nous voir et le moment de l’élection, il s’est écoulé un an et demi. La moitié de l’équipe est déjà partie « naturellement » ; ils en ont licencié un, ils ont fait partir un autre, ils ont attendu… Et donc l’élection ça a été long, mais finalement sur les 3 élus, y en a un à qui a demandé une rupture conventionnelle et l’a eue tout de suite, un autre qui est parti pour convenance personnelle, et donc il ne nous en reste plus qu’une élue dans l’entreprise, Mais 6 mois après les élections, le patron n’a toujours pas versé l’argent pour faire fonctionner le CE. Voilà où on en est, et je viens de recevoir un mail de cette élue me disant « je suis à bout, je n’arrive pas à avoir l’argent ». Pourtant j’ai fait les négociations avec eux, je vais assister aux DP avec eux tous les mois, pour appuyer, on met la pression. Et donc je me dis, tout ça pour ça !

La plupart sont partis avec le turnover naturel. Le patron ce n’est pas le plus sauvage qu’on ait connu. Une fois qu’il y a eu le jugement, il a appliqué, tout doucement certes, mais il a joué sur le turnover naturel. Et entre temps, depuis il s’organise. Il a déjà cédé un de ses magasins, pour réduire l’unité économique et sociale, peut-être à sa femme, à son fils, (enfin il est malin), pour ne pas que ça se voie. En fait c’est bien lui, le patron des 7 magasins. Je suis persuadé que d’ici un an ou deux il aura disséminé ses magasins. Il se fera pas avoir 2 fois à élire un CE. 

B – Chez « H » (la chaîne de magasins d’une marque de crème glacée) c’est à peu près la même chose : une équipe de 8 salariés qui est venue nous voir, sur un magasin où ils étaient 12. Là, la répression a été plus forte, le patron est un sauvage. 2 magasins, une UES.
On l’a mis au tribunal, on a gagné, il n’a pas cédé, il passe en appel, il a organisé quand même une élection sur un des magasins sauf qu’entre temps il a viré tous ceux qu’il identifiait comme étant à SUD. Donc on a des procès pour harcèlement et… bon il fait des chèques d’ailleurs il s’en fout. C’est un vieux de 80 ans, son frère était un avocat célèbre, adjoint au maire de Lyon pendant des années, tantôt PS tantôt à droite. Donc il prend le cabinet de son frère, il fait travailler la famille et il dit aux salariés « je ne crains rien j’ai un frère avocat ».
On a perdu l’élection, il ne nous restait plus qu’un candidat qu’il n’avait pas identifié. On lui avait dit tu restes très discret.
C’est très drôle l’histoire, quand on est arrivé au moment de la négo du protocole d’accord préélectoral, qu’on les a coincés de procès en procès, bon ça prend un an et demi, lui tout content se dit « il vient négocier mais tous ceux que j’ai identifiés SUD sont partis ». Et vous savez la loi électorale oblige à un an de présence pour être candidat. Or il ne restait plus qu’un salarié qui avait un an de présence. Et lui il ne savait pas que c’était le nôtre justement. Donc il aurait été élu à tous les coups. Donc moi je fais semblant de demander de rabaisser à 6 mois pour être candidat, il dit non, il est très content. L’autre il se dit c’est bon je les ai bien eus. Et le jour où il reçoit la candidature de notre salarié, aussitôt il affiche un autre protocole et il rajoute 2 noms qui peuvent être candidates, 2 filles qui ont plus de 6 mois, il les chope et il leur dit « vous êtes candidates pour la XXXX c’est comme ça je vous ai payé votre adhésion ». Donc les filles viennent nous voir tout emmerdées en nous disant « on n’a pas le choix on est candidates », y en a une qui voulait mais l’autre qui voulait pas. Bon alors j’ai appelé la XXXX, je leur ai fait un courrier leur demandant s’ils validaient d’avoir les adhésions payées par le patron et de telles candidatures. La XXXX a un peu pris peur et a retiré ses candidats. Il se retrouvait coincé alors il a mis candidat un autre qui avait un an de présence mais qui ne pouvait pas, qui avait pas été mis sur la liste des éligibles, c’est le directeur du magasin. Qui a distribué des glaces en veux-tu en voilà à tout le monde pour récupérer des voix, qui promettait tout et n’importe quoi. Et qui a fini par être élu. Bon on a contesté l’élection, on avait de quoi, hélas on a perdu sur un vice de forme, il avait pris un très bon avocat, il nous manquait une signature dans la saisine, un vice à la con. Ils nous ont chopés sur des petits trucs à la con.
Du coup, le salarié [de notre syndicat] n’a pas été élu et ils lui mettent la pression. J’étais ce matin avec le salarié à l’inspection du travail, ils lui mettent une pression infernale.
Au 1er tour notre candidat était le seul, il a eu 5-6 voix, mais il n’a pas eu le quorum, parce qu’ils ont donné consigne de pas aller voter. Et au 2nd tour ils ont présenté en candidat libre le directeur, ce qui est illégal,. Il distribuait des glaces, il promettait tout et n’importe quoi, faisait des affiches signées le directeur… Il a fini par être élu. Et tous ceux qui ont soutenu notre syndicat ont dégagé. Et ils sont faciles à dégager parce qu’ils bossent sans contrat.
On n’arrête pas de gagner aux prud’hommes mais je pense qu’il préfère payer aux prud’hommes que garder des gens. Et surtout on a bien senti que ça venait de plus haut. C’est-à-dire que « H » ne veut pas de syndicat. J’ai vu sur internet qu’il y avait déjà eu des conflits au « H » des Champs-Élysées, là c’était la CGT. Ça a été très violent, ils ont cassé le syndicat. Et là j’ai bien senti que l’affaire n’était pas traitée au niveau du franchisé local, l’affaire était traitée de beaucoup haut. C’est-à-dire que lorsqu’il y a eu la négociation du protocole d’accord préélectoral est venu un mec qui est descendu de Paris et la directrice régionale. Et du coup ils ont évincé le franchisé local. Ils nous ont envoyé un petit jeune aux dents longues, nouveau franchisé, pour redécouper les franchises…
On a eu la représentativité mais comme y a une faille dans la loi de 2008, c’est de ça qu’on parlait avec l’inspection du travail ce matin, comme il y a moins de 50 salariés, on peut pas le désigner DS s’il n’est pas élu DP. C’est une faille de la loi, on est coincés, tout ce qui est moins de 50, et comme avec les franchises on travaille qu’avec des moins de 50, s’il était élu DP je pouvais le nommer, comme il n’est pas élu je peux pas le nommer. Et du coup ils nous contestent même notre représentativité qu’on a pourtant eue, ils nous empêchent d’afficher nos tracts, de communiquer, tout est arraché systématiquement, ils nous menacent… ils contestent la représentativité de SUD sur la demande de reconnaissance de l’UES.
Et puis il faut voir ce qu’ils lui font… Alors ils le mettent à l’écart. Là ils ont fermé le magasin pour travaux, mais ils ne l’ont pas prévenu. Il arrive il le trouve fermé. Alors il fait une lettre recommandée on lui répond vous ne vous inquiétez pas vous allez toucher le chômage partiel. Et ils lui disent vous reprenez le travail le 5 mars. J’ai été aujourd’hui avec lui c’était écrit fermé jusqu’au 7 mars. Et il sait pas quand il reprend, on lui a pas versé son salaire, enfin on l’emmerde quoi. Jusqu’au bout. Heureusement qu’on a l’inspection du travail qui est un peu réactive.
C’est vrai que c’est un peu décourageant, parce que ça fait un an, tous ces procès c’est moi qui les ai faits, c’est pas des avocats, donc on les a gagnés, ça fait un boulot énorme, pour au bout du compte voir que ça avance pas… alors c’est peut-être pas tout perdu, y a tout un tas de salariés, de jeunes qui ont connu le syndicalisme, qui s’en rappelleront dans un prochain travail… mais on a rien construit de solide.
Y en a une qui a été vraiment harcelée, on passe aux prud’hommes en juin, normalement on devrait gagner. C’était une petite chef, shop manager ou manager junior je sais plus, dans leur langage, qui subitement n’a plus eu le droit de parler aux clients ou à ses collègues, on la cantonnait à la plonge, on baissait ses primes, on la violentait, on lui disait « tu signes là ou on va te péter la gueule », fallait qu’elle signe sa démission. C’est des méthodes assez violentes chez « H », contrairement à « DP » où il a essayé de tout faire pour qu’il y ait pas de syndicat mais de manière beaucoup plus légale et correcte. « H » boîte américaine.

Et puis je pense vraiment que quand la personne de Paris est descendue à la négo elle était venue pour me tester, me poser des questions, de quel syndicat on était. C’est des avocats parisiens qui descendent, des très bons avocats parisiens qui descendent à chaque procès. On sent que l’affaire est suivie de Paris et qu’ils ne veulent pas que les syndicats mettent un pied à « H ».
Il m’a entourloupé. Ils ont fait des conclusions très mauvaises, et puis il a dit c’est pas moi qui ai fait les conclusions, mais je me suis aperçu que c’était lui, moi je suis nommé qu’aujourd’hui, je découvre, et en fait il a fait une plaidoirie où il a dit tout à fait autre chose, donc j’étais surpris par tout ce qu’il m’a sorti, il m’a pris par surprise, et il a fait pareil à l’avocate, qui elle a eu le réflexe de demander un report de séance, elle a fait un incident de séance et elle a demandé le report, mais bon moi je suis pas pro, je me ferai pas avoir deux fois, mais là j’ai pas demandé le report.

C – Cet été aussi affaire de « INTERIM », qui gère les agences d’intérim du même nom.
Toutes les agences sont franchisées. À Lyon le siège a 200 salariés, divisés en plusieurs sociétés, de sorte qu’elles sont toutes à moins de 50. Du coup pas de DP pas de CE, rien.
Cet été une salariée demande des élections DP en se déclarant candidate. Le jour où ils reçoivent la lettre part un courrier de mise à pied, elle est convoquée pour un licenciement pour faute grave.
Il va l’assister à l’entretien, leur rappelle qu’elle est salarié protégée, à partir du moment où elle se déclare candidate, donc ils vont devoir refaire toute la procédure devant l’IT.
2 semaines plus tard 2 autres salariés mis à pied, ensuite 2 autres, tous soupçonnés d’être amis avec cette salariée parce qu’ils avaient été vus parlant avec elle..
2 salariés mis à pied en même temps, les mêmes fautes reprochées, les mêmes lettres de licenciement, en plus le fait reproché s’était passé après le convocation pour la mise à pied.
Passage aux prud’hommes, ils ont immédiatement fait un chèque, conciliation, un beau chèque de 13 000 euros à une condition : que Solidaires sorte de l’affaire, on veut plus entendre parler de ce syndicat
Et donc ils ont lâché 4 chèques à 4 salariés.
La 1e est revenue mais ils lui ont mis une telle pression qu’elle a fait une tentative de suicide dans son bureau. Et là j’arrive plus à l’avoir au téléphone, elle est cassée quoi, c’est fini. Alors bon elle a adhéré chez nous mais… Et pendant qu’elle était à l’hôpital ils ont à toute vitesse organisé l’élection. Ou du coup on sait même pas si y a eu des élus.
J’ai calculé le coût total : 150 000 euros. Mais ils préfèrent payer et faire du dégât humain plutôt qu’avoir un CE qui regarde sur leurs comptes.

Pas personnellement visé. Jamais heureux ou agréables quand j’assiste les salariés ou viens aux négociations.
Non, non, je ne suis pas la victime. Mais c’est pour ça que Solidaires qui était contre les permanents, parce que de son histoire il avait fui les permanents installés dans des bureaux, les apparatchiks coupés des réalités, mais dans le privé, les salariés ne peuvent pas utiliser leurs heures de délégation pour s’occuper d’autres entreprises, contrairement au public. Et à un moment donné vu le turnover dans le commerce il faut bien des gens qui s’y posent et puis justement on peut bosser nous sans avoir la pression. C’est ça la différence c’est que nous on a du recul. Par exemple ce matin j’ai accompagné ce salarié d’e « H » qui était quand même pas bien. Je peux lui apporter de l’appui, du recul, sur ce qu’il vit… Et puis il était content que je l’accompagne devant son boulot pour voir que la porte était encore fermée. Je lui fais ses lettres recommandées, enfin voilà on apporte un soutien. Non j’ai eu beaucoup de pression quand je travaillais dans mon entreprise, maintenant c’est beaucoup plus simple.

D – A « CM » (une entreprise de la grande distribution) c’est simple, ils ne veulent pas de de notre syndicat. L’avantage c’est qu’il y a encore 70 « CM » sur Rhône Alpes qui ne sont pas franchisés (4000 salariés). DP magasin par magasin : contestation systématique de tous les candidats.
Ce qui fait qu’on les a tous perdus dans la région, moi j’ai perdu tout le monde. J’ai une adhérente qui reste mais qui est pas candidate, qui veut pas se faire remarquer, qui est adhérente c’est déjà bien. Mais par exemple on avait quelqu’un qui avait fait campagne il y a 4 ans, qui avait été RSS et avait sur la région loupé la représentativité de très peu, 9 et quelque % sur la région. Et donc cette année il repartait en campagne et nous on l’a aidé. On a fait la tournée des « CM » avec lui, on passait dans les rayons et on parlait avec les salariés. C’est comme ça qu’on avait trouvé 5 candidats. Au 2e jour qu’on tournait dans les magasins la Direction a chopé l’un d’eux, lui a proposé une grosse somme d’argent et ils lui a dit : « tu la prends tout de suite là, tu signes tout de suite, maintenant, mais par contre tu disparais, tu fais pas la campagne on veut plus te voir ». Donc il m’a appelé pour me dire « ben je suis désolé, j’ai besoin d’argent, je vais le prendre ». Je dis, « Ben moi j’ai pas à juger, tu fais ta vie ». Et il est parti. Donc on a laissé les 4 autres ; qui dans leur secteur ont été 1er syndicat sur 6, et ils ont tous été élus. Résultat, 3 jours après l’élection 2 élues démissionnaient, les deux autre élus sont venus me voir, m’ont dit elles ont été « achetées », on a promis une promo à l’une d’entre elles. Les deux élus restant sont venus me voir une fois, j’ai commencé à travailler avec eux sur les DP, les revendications… et ils ont disparus. Je les appelais ils ne répondaient plus. Je les appelait ils ne répondaient plus, donc je pense qu’eux aussi ont été entre guillemets achetés, même si je n’aime pas ce terme. Disons que leur situation personnelle a dû s’améliorer… Ou alors on leur a fait comprendre qu’on allait tellement leur pourrir la vie… c’était des jeunes très sympathiques mais qui partaient, sympas, qui avaient envie de changer les choses, c’était pas des militants aguerris, ils avaient 25-28 ans, ils se sont peut-être pas sentis capables de tenir le choc quoi. Après moi j’ai pas à juger mais je constate juste que y a plus rien. « CM » c’est fini.

La Direction les avait déjà mis au tribunal 2 fois, en tant que candidats DP à V., et en tant que candidat régional à B. Les 2 élues je les ai trouvées en pleurs au tribunal : « tu te rends compte ?! moi traînée au tribunal ! Comme une voleuse ! qu’est-ce que j’ai fait ??! » Vous êtes convoquée au tribunal par votre employeur, ça leur avait fait un gros choc. L’avocat de « CM » :« on tient à dire que c’est pas contre les salariés » Là elles se sont levé « comment c’est pas contre nous ?! on est convoquées au tribunal, nous on a toujours bien travaillé, c’est comme ça que vous nous traitez ?! » Alors l’avocat s’est excusé, il était gêné.
Systématiquement ils contestaient nos candidatures en disant qu’on n’était pas représentatifs, qu’on n’avait pas le droit d’être candidats, ils trouvaient un prétexte quoi… mais ils perdaient ils s’en foutent, c’était pas l’idée, ils avaient une avocate qui tournait sur toute la France, qui a fait tous les procès. L’idée c’est d’envoyer un signal fort aux autres salariés : ligne jaune. Si vous êtes à SUD, regardez les emmerdes qui tombent. Et puis aussi l’idée que pendant qu’ils nous occupent à être dans les tribunaux, on fait pas campagne. Et puis les salariés se méfient, « ouh la la qu’est-ce qu’ils font, ils sont convoqués au tribunal »… ça crée un climat compliqué.

Pour ces procès ne prenait pas d’avocat, c’est le juriste de la fédé qui faisait toutes les conclusions. Mais ensuite il fallait aller plaider dans tous les tribunaux.
Ça m’a pris une journée, pour aller plaider dans le tribunal de Bellay, ça m’a bouffé du temps, pour finalement pas grand chose puisqu’on a plus personne maintenant.

On passe beaucoup le temps dans les tribunaux, mais c’est pas forcément notre boulot, d’aller parler avec les avocats de l’employeur.

« CM » par principe ils contestent systématiquement chaque candidature. Mais pour YY ça va…

E – Chez « Lyon S », (un magasin de produit cosmétiques ça qui fait partie d’un grand groupe) ça se passe mieux : enfin quelque chose qui marche. Représentativité perdue au plan national de 15 voix. Mais ils s’acharnent sur la déléguée centrale, ils ont tenté de la licencier. Sur la région 61 % des voix, meilleur rapport de forces. C’est pas franchisé. Mais ils vont y penser bientôt je pense.
Cinq vendeuses élues, dont une qui s’était bien battue contre un harceleur. Le lendemain de l’élection on l’appelle pour le stage de formation elle avait été mutée dans une filiale. Elle perd son mandat et elle se retrouve en période d’essai. On avait déjà perdu le lendemain de l’élection une élue. Elle n’aurait jamais eu cette promotion si elle n’avait pas été élue SUD.

F – Groupe « F », une chaîne de restaurants, ils ne veulent pas de syndicat ni de DP. 200 salariés mais pas d’IRP. Automatiquement ça vire au bout d’un an de présence.

Conseiller du salarié => on l’appelle quand on a un problème, quand on est licencié.
Obligation de l’employeur de mentionner les conseillers du salarié
Souvent contact par hasard. N’est pas parti en vacances cet été, beaucoup de contacts. Juillet-août a assisté 30 salariés. Du coup assiste les salariés et propose de s’organiser.

Permanent depuis un an ; février 2013.

Bilan général en termes d’implantation :
« C’est léger. Heureusement que je ne suis pas aux pièces ! Mais enfin c’est pas léger en termes de travail. »
Beaucoup d’assistance juridique, prud’homale
N’arrive pas à mettre un pied dans les grosses structures comme Auchan.
Demande beaucoup de boulot, assiste à toutes les réunions DP.
Les filles de « Lyon S », elles m’appellent, elles sont contentes, parce qu’un regard extérieur, face à leur employeur, ce n’est pas la même chose. Je n’interviens pas mais après on peut faire le bilan, je les conseille.
je vais les avoir en stage DP, j’ai assisté à leurs DP…
Implantation aussi dans le nettoyage.

A « H » quand on sentait que les salariés étaient inquiets et qu’ils avaient besoin de soutien on a fait un rassemblement.
On s’est rassemblés avec une trentaine de militants et quelques anciens salariés qui avaient été licenciés, chez « H » ils font leur pub « notre lait est français, notre vanille est de Madagascar, nos cookies sont anglais », nous on a rajouté « notre code du travail est chinois » et puis on a expliqué pourquoi et on a passé l’après-midi à distribuer devant le magasin, deux jours après il m’appelait, le patron, il était prêt à me rencontrer. Ça a créé tout de suite un rapport de force un peu différent. Et puis ça a montré aux salariés qu’ils rentraient dans un syndicat, qu’il y avait du monde qui pouvait les soutenir, enfin tu vois ça a mis un peu en confiance. On a fait pareil à « PD », à « Lyon S », en intersyndicale au centre commercial de la Part-Dieu.