Entretien 7

Entretien avec une déléguée syndicale FO d’une maison de retraite (EHPAD)

Quelle était votre situation professionnelle lorsque vous avez monté le syndicat ?
J’ai été embauchée en 2004 dans une EHPAD (maison de retraite). J’étais très appréciée par mon employeur, comme le prouve mon évolution de carrière : mon CDD a été converti en CDI à partir de 2006, j’ai obtenu différentes promotions, me permettant de passer du statut d’agent hospitalier à celui d’aide-soignante puis d’animatrice, avec la responsabilité de gestion d’un service.

Quel était le contexte syndical dans votre entreprise ?
La maison de retraite dans laquelle je travaille compte un peu plus de 50 salariés en Equivalent Temps Plein, presque exclusivement féminin. Elle est tenue par une congrégation religieuse qui possède 3 autres institutions équivalentes. Jusqu’à ce que je monte une section, les syndicats étaient absents de ces institutions, et le droit du travail assez maltraité. Ainsi, des collègues ont été payées durant des années en dessous du Smic.
Suite à la création de notre section, la Direction a essayé de présenter une liste aux élections DP-CE (il s’agit d’une délégation unique du personnel), sous l’étiquette d’un syndicat maison. Mais cette manœuvre a été dénoncée et bloquée par l’Inspection du Travail.

Quand votre situation a-t-elle commencé à se dégrader, et sous quelles formes ?
Mes problèmes ont commencé dès l’instant où mon employeur a eu connaissance de mes activités militantes, lorsqu’en 2008, je l’ai informé de mon inscription prochaine sur les listes prud’homales. C’est à la même époque que j’ai monté une section syndicale avec quelques collègues et ai pris plusieurs mandats syndicaux (Déléguée Syndicale, Déléguée du Personnel, déléguée en CHSCT).
Ma Direction me reproche très clairement mon activité syndicale, et en particulier mes temps de détachement, se plaint que mes courriers (syndicaux) la « fatiguent ».
Elle tente de monter les collègues et les représentants des pensionnaires contre moi.
Elle a par exemple affiché sur les murs de l’Etablissement que je coûtais trop cher, qu’elle devait me payer mes heures syndicales et ne pouvait donc pas rémunérer un autre salarié pour me remplacer et assurer l’animation.

Vos autres collègues militants ont-ils également été inquiétés ?
Oui, ils ont eu des soucis, mais bien moindres que les miens, car la Direction m’a ciblée comme la « meneuse » : j’ai été la première à afficher mon étiquette syndicale, j’ai le mandat de Déléguée Syndicale, j’ai lancé un certain nombre d’actions qui gênent la direction, comme par exemple un audit sur les salaires (ce qui a permis de revaloriser les salaires en dessous du SMIC).

Comment avez-vous vécu ce harcèlement et qu’elle est votre situation actuelle ?
Je vis difficilement cette situation : j’ai pris 28 kg depuis 2008, et cela a engendré un stress familial non négligeable. Le fait de recevoir des lettres recommandées régulièrement à la maison contribue à importer la tension dans la sphère familiale.
En 2011, une nouvelle Direction a été mise en place, encore plus dure, avec pour mission de me mettre au pas. Celle-ci s’est vraiment montrée très autoritaire avec moi et a entrepris de monter un dossier pour insuffisance professionnelle. Elle me met des avertissements. Elle me reproche en particulier mes absences, terrorise les collègues qui ne peuvent témoigner.
Le nouvel inspecteur du travail, moins pugnace que le précédent, tente une conciliation. Et le tout récent jugement des prud’hommes de mars 2014, qui reconnaît les faits de harcèlement, semble calmer les choses. Je me suis mise en retrait de mes activités professionnelles pour me reconstruire, et ai pris un détachement presque complet pour le syndicat et mes activités prud’homales. Mais la perspective de devoir reprendre mon activité m’inquiète beaucoup.
Pourtant, en même temps, je sais que mon combat est juste et nécessaire.